Effacez le nom de mon grand-père à Yad Vashem

Publié le par XylofeneKolor



Voici ci-dessous une lettre ouverte de Jean-Moïse Braitberg, écrivain. Né en 1950 à Sainte-Foy-la-Grande, Jean-Moïse Braitberg a fait ses études à Bordeaux (IUT de journalisme, Science-Po, licence de sociologie), puis est devenu journaliste et grand reporter.

Son premier roman est "L'enfant qui maudit Dieu" (Fayard 2006). Je trépigne en attendant son prochain, à paraître en mai : "Un juif impossible", qui traite notamment de la mémoire du judéocide et du poids que l'on fait porter à ce qu'il appelle "les survivants des survivants".

Bonne lecture.

XylofeneKolor

P.S. : voir commentaires de l'article et la réaction de l'auteur de cette lettre à mon ancienne introduction. Ayant compris mon erreur, j'ai rectifié.

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Monsieur le Président de l'Etat d'Israël, je vous écris pour que vous interveniez auprès de qui de droit afin que l'on retire du Mémorial de Yad Vashem dédié à la mémoire des victimes juives du nazisme, le nom de mon grand-père, Moshe Brajtberg, gazé à Treblinka en 1943, ainsi que ceux des autres membres de ma famille morts en déportation dans différents camps nazis durant la seconde guerre mondiale. Je vous demande d'accéder à ma demande, monsieur le président, parce que ce qui s'est passé à Gaza, et plus généralement, le sort fait au peuple arabe de Palestine depuis soixante ans, disqualifie à mes yeux Israël comme centre de la mémoire du mal fait aux juifs, et donc à l'humanité tout entière.

Voyez-vous, depuis mon enfance, j'ai vécu dans l'entourage de survivants des camps de la mort. J'ai vu les numéros tatoués sur les bras, j'ai entendu le récit des tortures ; j'ai su les deuils impossibles et j'ai partagé leurs cauchemars.

Il fallait, m'a-t-on appris, que ces crimes plus jamais ne recommencent ; que plus jamais un homme, fort de son appartenance à une ethnie ou à une religion n'en méprise un autre, ne le bafoue dans ses droits les plus élémentaires qui sont une vie digne dans la sûreté, l'absence d'entraves, et la lumière, si lointaine soit-elle, d'un avenir de sérénité et de prospérité.

Or, monsieur le président, j'observe que malgré plusieurs dizaines de résolutions prises par la communauté internationale, malgré l'évidence criante de l'injustice faite au peuple palestinien depuis 1948, malgré les espoirs nés à Oslo et malgré la reconnaissance du droit des juifs israéliens à vivre dans la paix et la sécurité, maintes fois réaffirmés par l'Autorité palestinienne, les seules réponses apportées par les gouvernements successifs de votre pays ont été la violence, le sang versé, l'enfermement, les contrôles incessants, la colonisation, les spoliations.

Vous me direz, monsieur le président, qu'il est légitime, pour votre pays, de se défendre contre ceux qui lancent des roquettes sur Israël, ou contre les kamikazes qui emportent avec eux de nombreuses vies israéliennes innocentes. Ce à quoi je vous répondrai que mon sentiment d'humanité ne varie pas selon la citoyenneté des victimes.

Par contre, monsieur le président, vous dirigez les destinées d'un pays qui prétend, non seulement représenter les juifs dans leur ensemble, mais aussi la mémoire de ceux qui furent victimes du nazisme. C'est cela qui me concerne et m'est insupportable. En conservant au Mémorial de Yad Vashem, au coeur de l'Etat juif, le nom de mes proches, votre Etat retient prisonnière ma mémoire familiale derrière les barbelés du sionisme pour en faire l'otage d'une soi-disant autorité morale qui commet chaque jour l'abomination qu'est le déni de justice.

Alors, s'il vous plaît, retirez le nom de mon grand-père du sanctuaire dédié à la cruauté faite aux juifs afin qu'il ne justifie plus celle faite aux Palestiniens. Veuillez agréer, monsieur le président, l'assurance de ma respectueuse considération.

Jean-Moïse Braitberg 

Publié dans Israël au crible

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thanina 23/03/2009 13:32

Je trouve que c'est une lettre poignante ,une lettre qui dit l'humanisme et ses valeurs .Loin des calculs ,et autres ruses et stratagemes de certains ,merci encore une fois pour cela ,je suis ,par le biais de personnes comme vous réconciliée avec un monde "civilisé"bafouant ouvertement les droits des peuples et des individus et a leur tête les U.S.A. Mais malheureusement l'Europe n'est pas en reste .a bientot.je ne sais pas si ce commentaire parviendra a l'auteur de la lettre.merci de l'aviser.

Braitberg 06/03/2009 00:13

Madame, monsieur,

Je découvre avec stupeur le commentaire dont vous avez cru bon d'accompagner la reproduction de ma lettre ouverte au Monde en parlant d'un homme qui avait le "courage de s'élever contre les siens".
Je trouve ce commentaire indigne et insultant.

En effet, sachez que les miens, comme vous dites, c'est l'humanité toute entière. Elevé et grandi dans la fraternité des anarchistes espagnols exilés j'ai toujours su que ma famille était l'humanité et ma patrie le monde entier.*
Ecrire que je me suis élevé contre les miens montre que vous n'avez absolument rien compris au sens de ma lettre ouverte.
Athèe, laïque, je ne suis absolument pas juif et, du reste, né d'une mère chrétienne, je ne suis même pas juif du point de vue religieux.

Je ne suis pas sûr que vous ayez mesuré la portée de l'insanité que vous avez écrite. Ni même que vous en prendrez conscience après ce rectificatif.
Vous dites exactement le contraire de ce que j'ai voulu exprimer. Le judéocide commis par les nazis, est, je le répète, un crime contre l'humanité, n'importe qui aurait pu écrire la même chose que moi. Il se trouve que j'ai une histoire personnelle qui me ramène au judéocide et que je me suis autorisé à la mettre en avant pour exprimer un sentiment personnel. Mais je ne m'élève ni contre "les miens" ni contre les autres. Je pense que la Palestine n'est ni juive ni musulmane. Elle est la terre de tous ses habitants qui sont condam nés à y cohabiter en rejetant tout rapport ethnique ou religieux à la terre. J'ai les religions en abominations je ne suis pas plus juif que martien et je suis désespéré de voir qu'il est si difficile de se faire comprendre.

Ayez l'honnêteté de publier mon commentaire, s'il vous plait.

Jean-Moïse Braitberg

XylofeneKolor 06/03/2009 11:13


Cher Monsieur,

En guise de préambule impératif, je tiens à vous présenter mes plus plates, mes plus sincères et mes plus profondes excuses. Je suis infiniment désolée du mal que je vous ai causé et, à la lecture
de votre commentaire, je comprends (contrairement à ce que vous imaginiez) que j'ai effectivement fait fausse route et que ma mention est déplacée. Je suis moi-même l'actrice d'un amalgame que je
combats. Je vous suis très reconnaissante de me le montrer du doigt. Cela remplit l'un des objectifs affichés de ce blog : me faire grandir.

Vous comprendrez sans doute également, au regard de ce que je viens d'écrire que jamais je ne pourrais censurer votre commentaire. L'honnêteté intellectuelle, qui fait cruellement défaut dans le
conflit israélo-palestinien, est un impératif. En outre, c'est aussi l'impératif de mes valeurs personnelles. Mon ego est placé là où il doit être, c'est-à-dire là où il comprend que reconnaître
ses erreurs est une qualité et pas une humiliation. 

Ceci étant dit, et je vous assure que je ne cherche absolument pas à me justifier, l'utilisation de "les siens" était double : d'abord je pensais à votre soeur, puisque j'ai lu des commentaires
publiés par elle suite à votre lettre ouverte où elle s'indigne. J'ai donc une fois de plus admiré le courage de quelqu'un qui s'oppose même à sa famille, quand il pense qu'une cause est juste.
Dans ce cas (mais je ne le précisais pas dans mes termes, donc effectivement, aucun lecteur, ni même vous ne pouvait faire le lien, donc c'est encore ma faute), je pense que s'élever contre les
siens était, en partie justifié. Ensuite, la deuxième partie faisait référence au peuple juif, non pas à la religion juive. Par ce temps sombres, il est de plus en plus rare de trouver un homme ou
une femme pour qui l'humanité passe avant la citoyenneté qui passe aussi avant la communauté religieuse... C'était pour moi, à noter, et c'est d'ailleurs pour cela que j'ai mis en gras "Ce
à quoi je vous répondrai que mon sentiment d'humanité ne varie pas selon la citoyenneté des victimes." Je voyais un homme qui affirmait être avant tout humain plutôt que communautariste.
Ce en quoi j'avais à la fois tort et raison, puisque vous ne vous revendiquez d'aucune communauté.

Je ne sais pas si vous avez pris le temps de parcourir le reste de mon blog. Je vous y invite même si j'imagine que notre première rencontre virtuelle ne fut pas un bon souvenir pour vous. C'est
très dommage : depuis que j'ai pris connaissance de votre lettre ouverte, j'ai fait de nombreuses recherches sur Internet pour trouver votre adresse email et vous écrire, entre autre pour vous
demander l'autorisation de publier cette lettre. Je suis à la fois ravie de pouvoir prendre contact avec vous et navrée que ma bourde en soit le motif et crée une réaction offusquée de votre part,
réaction que je comprends. Espérons que vous considèrerez cela comme une erreur et que vous m'accorderez une deuxième chance.

Concernant vos et mes idées maintenant, sachez que je suis également profondément athée, que je considère les religions comme la plus grosse manipulation de tous les temps qui n'ont pour but que de
fomenter des conflits entre des gens de la même espèce. Je partage aussi votre sentiment sur la terre de Palestine, estimant qu'il est abject qu'une religion en domine une autre ou qu'un peuple en
domine un autre. Cette terre, comme la terre entière d'ailleurs, appartient aux hommes et à tous les hommes.

Je tiens enfin à vous remercier pour cette lettre ouverte et aussi pour votre commentaire. Je souhaite maintenant changer l'introduction. J'aimerais beaucoup avoir un petit résumé afin de faire la
promotion de vos ouvrages.

XylofeneKolor

PS : vous pouvez me joindre sur xylooo@mac.com, je m'appelle Nadège 


Stéphanie 04/03/2009 14:08

Tout est dit!!!!