La psychologie traumatique d’Israël et l’agression contre Gaza

Publié le par XylofeneKolor



La très belle femme que vous voyez ci-dessus est Avigail Abarbanel. Née en Israël en 1964 dans une famille non pratiquante, elle y a vécu jusqu'en 1991, date à laquelle elle décide d'émigrer en Australie. Devenue pacifiste après avoir fait son service militaire en Israël, elle a étudié les sciences sociales, la politique et l'économie. Elle possède une licence en sciences politiques. Elle poursuit ses études et obtient un diplôme en psychothérapie individuelle et psychothérapie relationnelle.

Je suis tombée hier sur cet article, au hasard de mes navigations webiennes. J'en suis encore toute retournée... Je vous laisse juge. Je suis très admirative de cette femme, de son courage, de son parcours personnel pour sortir d'une logique qu'elle qualifie elle-même de destructrice. Je vous invite à visiter son site web (en anglais) qui regorge de sources, d'articles, de liens...

Je lui ai bien sûr demandé l'autorisation de publier son article. Elle m'a répondu une heure plus tard : "
Merci pour ton message de soutien et pour tes commentaires généreux sur mon article. Merci aussi d'avoir pris le temps de m'écrire et me demander la permission de poster cet article sur ton blog. Je suis plus qu'heureuse que tu fasses cela. Plus de gens lisent ce que j'écris, plus je pense qu'il est important pour moi d'écrire et de publier mes pensées. Je suis ravie que tu penses que c'est un bon et clair article. Merci de soutenir la cause du peuple palestinien et pour ton intérêt dans le sujet". 

J'attends vos commentaires avec impatience...

XylofeneKolor (appellez-moi Xylo :-)) 

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4 janvier 2009

Une des choses dont on ne parle pas beaucoup dans les médias est l’insistance avec laquelle il est question, en Israël, d’attaquer l’Iran. La rumeur de rue (israélienne) parle d'une attaque aérienne imminente contre les réacteurs nucléaires de l’Iran.

Cela fait pas mal de temps, déjà, qu’une "bonne guerre" démange Israël. L’agression bâclée contre le Liban, en 2006, n'a pas atteint son but et a provoqué un désarroi psychologique qui n’a conduit qu’à l’approfondissement du chiasme entre les milieux politique et militaire en Israël. Un ami israélien m’a dit, dégoûté, l’autre jour, qu’il règne là-bas une ambiance d’ "orgasme national", à l’idée d'attaquer l’Iran. Tandis que les habitants de Gaza se font bombarder, la seule chose dont les Israéliens parlent est de l’attaque imminente contre l’Iran. Mais il existe un lien entre les deux.


Les problèmes sociaux  en Israël ont augmenté de manière exponentielle ces quinze dernières années. L’Israël d’aujourd’hui est bien différent de celui où j’ai grandi. Il y règne plus de crime violent et organisé que par le passé, et il y a plus de violence domestique et de maltraitance à enfants que jamais. Il y a plus de drogue en circulation, et plus de consommation, et ils ont aussi des gens ivres au volant, chose que je n’avais jamais connue quand j'y vivais. C'est dans les rapports officiels et dans la presse quotidienne. Mon frère, qui habite en Israël, m’a raconté que des soldats faisant leur service militaire dans les territoires occupés, où ils font régner la brutale occupation israélienne, ne rentrent chez eux, le week-end, que pour se retrouver impliqués dans des bringues alcoolisées et dans des assassinats. Impensable, ça, de mon temps.


Les Israéliens n’ont jamais été particulièrement tendres les uns envers les autres. C’est d’ailleurs, de fait, une des raisons pour lesquelles j’ai quitté ce pays. Tandis que j’allais sur la trentaine, j’ai commencé à ne plus supporter l’atmosphère inamicale, brutale et impitoyable qui m’entourait. Israël était un endroit dur à vivre, non pas à cause de nos « ennemis », mais bien à cause de la manière dont les Israéliens se traitaient entre eux. Vous auriez pu croire que nous étions tous ennemis, et absolument pas un peuple qui aurait  un héritage partagé. La seule chose qui pouvait, à la rigueur, unir les gens et susciter, temporairement, un peu plus de gentillesse et de sens de l’entraide, c’était un sentiment d’être confronté à une menace collective, et en particulier à une "bonne guerre globale". J’ai vécu la guerre de 1967, et l’euphorie nationale qu’elle généra, et aussi la guerre du "Yom Kippour", en 1973, ainsi que la guerre d’usure qui lui succéda. Au moment de l’invasion du Liban, en 1982, j’étais moi-même soldat. La dernière guerre que j’ai vécue en Israël fut la guerre du Golfe, en 1991 quand un missile Scud irakien avait atterri à quelques mètres seulement de mon immeuble, à Ramat-Gan, près de Tel-Aviv.


Je me souviens bien de l’atmosphère avant, pendant et après les guerres. C’était les meilleurs moments. Vous pouviez sentir un changement dans l’air. Les gens semblaient avoir un sens renouvelé de leurs buts de vie. Même des querelles de famille ou de voisinage de longue date étaient mises de côté, et tout le monde aidait tout le monde. Il y avait davantage de patience, et nous, les enfants étions beaucoup moins embêtés. Bien que j’eusse été terrifiée par les guerres, je me rappelle aussi avoir ressenti de l’excitation. Une chose aidait : le fait que nous adhérions tous au mythe selon lequel toutes nos guerres étaient du type "milchemet ein breira" - "des guerres sans choix". Le genre de guerre qui nous était imposé, et dans lesquelles nous devions nous impliquer "à notre corps défendant", et uniquement afin de nous défendre. Nous croyions aussi au "tohar ha’neshek" - la "pureté des armes", c’est-à-dire à ce mythe selon lequel nos soldats se comportent, toujours, honorablement, et ne tuent que lorsqu’ils n’ont pas d’autre choix, et jamais des civils sans défense. Nous étions toujours les "gentils", dans toutes nos histoires collectives, ce qui, bien entendu, ne faisait qu’ajouter au vague sentiment patriotique général. 
 


Israël, et aussi, sans doute, le reste du monde, refusent de voir que les problèmes d’Israël sont la conséquence directe d’un trauma juif profondément ancré et de ses conséquences. La réponse d’Israël à ce trauma consista à s’armer jusqu’aux dents et à devenir un pays incroyablement agressif, tout en perpétuant, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, le mythe de la victimitude et de la bonté. En tant que psychothérapeute, je reconnais cette réaction au trauma. Certaines personnes qui ont été traumatisées réagissent à ce trauma en devenant très puissantes et absolument effrayantes. C’est une réaction au fait d’avoir été meurtri, et une réponse au désir de ne plus jamais l'être.


Malheureusement, ça n’est pas, là, une bonne manière, une manière entière, de vivre. C’est un mode de vie qui perpétue des conflits intérieurs, qui conduit à l’isolement et qui attire l’animosité des autres. Il est très difficile de diffuser la bonne volonté et la gentillesse dans le monde quand son propre monde intérieur est construit sur un fondement hostile. Ce qui vaut pour les individus peut aussi valoir pour des sociétés. Israël avait une chance de cicatriser son passé juif traumatisé, mais, en lieu et place, il a choisi de perpétuer le trauma et de le transmettre aux générations suivantes. La création même de l’Etat d’Israël est une réaction à un trauma. Dès lors que vous comprenez la dynamique du trauma et les solutions que les gens s’efforcent d’y trouver, vous êtes en mesure de comprendre pour quelle raison l’existence d’Israël a depuis toujours été affectée par le trouble. Le fait qu’Israël n’ait jamais utilisé son système d’éducation ni ses institutions nationales afin de faciliter sa guérison du trauma est bien triste, mais c’est quelque chose de classique. Le trauma devient à ce point une partie intégrante de la personnalité de la victime que guérir reviendrait à changer la fondation-même de qui vous êtes, et c’est là quelque chose que la plupart des gens (quant à des cultures entières, n’en parlons même pas) sont rarement préparés à faire.


Beaucoup d’Israéliens qui ont quitté le pays l’ont fait pour les mêmes raisons que moi. Nous étions tous en quête d’un mode de vie plus calme, plus sympathique, dans lequel les gens pouvaient se montrer amicaux et serviables les uns envers les autres, plutôt que déplaisants et soupçonneux. C’est dur de quitter son foyer, mais si ce foyer est à ce point douloureux, vous devez le faire parce que le prix personnel que vous devriez payer pour rester est plus élevé que le prix du chagrin de perdre votre maison.


Le dernier crime de guerre vicieux en date qui est en train de se dérouler à Gaza, et l'augmentation des discussions sur une attaque contre l’Iran sont une réponse à une nouvelle phase dans le cycle du trauma collectif israélien. En effet, le trauma obéit toujours à une dynamique cyclique. Il est difficile de vivre avec, avec cette peur et cette méfiance de tous les instants. C’est épuisant et démoralisant, et cela peut vous coûter toute votre énergie de simplement vous lever le matin et faire vos tâches quotidiennes. Les gens peuvent continuer ainsi durant un certain temps, en vivant, pour ainsi dire, au jour le jour. Mais inévitablement, tout a une fin, et la vie devient invivable.


C’est là habituellement un moment très familier, dans le cycle, et celui qui en souffre pensera, le plus souvent : "Oh, non ! Ca recommence !". En ces instants-là, les gens recherchent quelque chose désespérément, une sorte de solution temporaire leur permettant d’alléger leur souffrance, que sais-je, un nouveau régime alimentaire, un nouveau job, des travaux dans leur appartement, ou une guerre. Cela s’accompagne, très souvent, de l'espoir désespéré que, cette fois-ci, ils vont trouver la solution suprême à tous leurs problèmes, et que tout ira très bien après. Je pense que les Israéliens croient réellement que s’ils peuvent écraser le Hamas à Gaza, tous leurs problèmes seront résolus et qu’ils pourront vivre heureux à jamais, libérés des roquettes Qassam ou de toute forme de résistance palestinienne. La question du futur des Palestiniens n’entre même pas dans l’équation. Quand vous souffrez d’un traumatisme, votre pensée est en permanence à court terme et autocentrée. On se concentre toujours sur sa propre survie à court-terme.


Le trauma s’accompagne souvent du déni, et les gens passent leur vie à rechercher des solutions en-dehors d’eux-mêmes. Dans les réponses agressives et violentes au trauma, les gens vont croire que c’est "cette personne" ou "ce groupe" qui est la cause de leur problème, et ils vont tenter de faire quelque chose pour les blesser ou les éliminer. En fin de compte, les gens recourent à la thérapie une fois qu’ils ont tout essayé et qu’ils prennent conscience que des mesures externes en sauraient solutionner leur problème, que c'est peut-être en eux-mêmes qu’ils doivent régler quelque chose. Malheureusement, les traumatisés du type agressifs sont très rares à en venir à la thérapie. Beaucoup d’entre eux finissent en prison à la place. Des gens souffrant de trauma non guéri peuvent être destructeurs, pour les autres, mais en fin de compte, c'est surtout leur vie qui est invivable et leur comportement autodestructeur. Bien des mesures qu’ils vont prendre, tout au long de leur existence, s’avèreront contreproductives, et elles finiront par se faire autant de mal qu’ils en font à autrui.


Les Israéliens ont fait des Palestiniens un "problème" perpétuel, afin d’avoir quelqu’un à accuser à chaque fois que leur trauma atteint son point cyclique ingérable. Si Israël avait voulu résoudre son problème avec les Palestiniens, il aurait pu le faire depuis fort longtemps. Il aurait pu commencer par reconnaître l’épuration ethnique de 1948, puis offrir un droit au retour et des compensations aux réfugiés, conformément à la résolution 194 de l’Onu, de décembre 1948, et l’affaire aurait été réglée. Mais pour ce faire, Israël aurait dû renoncer à son rêve raciste et antidémocratique d’être un Etat exclusivement juif. Et le fait d’être un Etat exclusivement juif, c’est, en soi, une réaction au trauma juif. Celui-ci repose sur l’idée, très simple, que les juifs ne sont pas en sécurité avec des non-juifs et que, par conséquent, ils ont besoin d’avoir leur Etat, où ils puissent vivre séparément, et donc en sécurité. Mais renoncer à ce rêve requerrait une réévaluation complète des identités juive et israélienne, ainsi que de tout un système de croyance. Les gens devraient cesser de croire que le monde est mauvais pour les juifs et que les juifs ne sont en sécurité qu’entre eux. Cela signifie qu’il faut remettre en cause certains des principes les plus fondamentaux de la foi et de la culture juive. Un tel processus de remise en question mettra inévitablement Israël sur la voie de la guérison, et cela signifiera, aussi, qu’Israël devra trouver une autre manière d’être qui n’implique ni une vision adverse du monde, ni la guerre perpétuelle. Je ne pense pas qu’Israël y soit prêt. Guérir, c’est quelque chose que, malheureusement, peu de gens sont prêts à faire, et j’imagine qu’il en va de même pour les sociétés tout entières. 
 


Mais la guerre faite aux Palestiniens est devenu très laide, au fil des années. Le monde est révulsé, les Palestinienscontre-attaquent, et cette guerre en cours contre des civils est démoralisante, brise le moral des soldats israéliens et a un effet négatif sur l’ensemble de la société. Cette "solution" ou manière de gérer le trauma (c’est-à-dire en maintenant les Palestiniens comme l'ennemi) a un effet boomerang. Aussi, bien loin de résoudre le problème, Israël est en quête d’une autre guerre, plus large et plus "légitime", qui soit bien moins compliquée. Une guerre que tous les Israéliens pourraient approuver, une guerre qui unirait à nouveau le peuple, et lui offrir un peu de soulagement vis-à-vis de l’effort de tous les jours que représente le fait de vivre en Israël.


Du point de vue militaire, les dirigeants israéliens suivent en permanence le principe "faire d’une pierre, deux coups". Je pense que l’attaque contre Gaza sert deux objectifs : elle vise à casser la résistance palestinienne, mais elle est, aussi, une tentative d'inciter l’Iran à faire quelque chose, n’importe quoi, qui puisse être utilisé comme prétexte pour attaquer les installations nucléaires de ce pays, et qui sait quoi d’autre encore. Israël ne peut pas se payer le luxe
  d’aller en Iran, comme ça, et d’attaquer ce pays, sans "motif" réel, et la rhétorique fatiguée de Bush au sujet des capacités nucléaires de l’Iran et de la menace potentielle que représenterait ce pays s’effiloche, tandis qu'il est presque parti de la maison blanche.


Israël ne sait pas encore ce qu'Obama peut être pour eux, aussi les dirigeants israéliens pensent-ils qu’ils vont devoir trouver une manière de faire les choses eux-mêmes avec ou sans les Américains. C’est la raison pour laquelle Israël a refusé d’appeler à un cessez-le-feu à Gaza. Ils ont un plan très clair, qu’ils ont l’intention de suivre, quel que soit le coût en vies humaines, et il s’agit au moins autant de guerre psychologique que de canons et de tonnes de bombes. C’est horrible à dire, mais les Palestiniens sont, et ont toujours été, simplement des pions, dans la dynamique perverse du trauma israélien/juif. Sinon, les Palestiniens n’ont pas réellement d’importance pour les Israéliens. La plupart des Israéliens ont toujours eu du mal à voir dans les Palestiniens des êtres humains comme eux, et je pense qu’ils se fichent des souffrances qu’ils sont en train de leur infliger. Si cela n'était pas le cas, ils se comporteraient autrement.


Plus ils continuent leurs bombardements aériens sur Gaza, plus le monde sera furieux, en particulier le monde arabe, et c’est exactement ce qu’Israël s’efforce d’obtenir. Prolonge ton déversement de bombes jusqu’à ce que tout le monde soit totalement exaspéré, et puis commence une attaque terrestre qui pourrait être le déclic pour l'Iran. Après quoi Israël pourrait attaquer l’Iran, chose qu’il se prépare à faire depuis des années, en prétendant qu’il est en train d’exercer son "droit à se défendre". Le monde a montré qu’il est incapable de s'opposer à cet argument, même lorsqu’il n’est question que de quelques roquettes provenant de Gaza qui égratignent à peine Israël, alors ne parlons même pas d’un pays parfaitement organisé, doté de sa propre armée, comme l’est l’Iran. La déclaration de légitime défense apparaîtrait, dès lors, totalement plausible.


La psychologie du trauma est traîtresse et remplie de contradictions internes. C’est précisément la raison pour laquelle le monde doit intervenir de manière décisive dans le conflit palestino-israélien: pour sauver les Palestiniens des israéliens et pour sauver les Israéliens d'eux-mêmes, et si possible nous épargner à tous une guerre d’une tout autre ampleur. En l’absence d’une intervention mature, affirmée et clairvoyante, ce cycle de trauma, avec les violences qu’il génère, continuera, jusqu’à ce qu’un jour, il s'épuise de lui-même parce que suffisamment de gens seront mortes, ou parce qu’un coup final aura été asséné, quelque part, par quelqu’un, à partir duquel il ne saurait y avoir nul retour.


 

Copyright © 2009 Avigail Abarbanel

Article original en anglais:  Israel’s Trauma Psychology and the Attack on Gaza

Publié dans Israël au crible

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Samia Lamine 13/05/2009 11:05

Voila une analyse qui répond à la question que je voulais comprendre et d'ailleurs, elle est dans la même ligne que mes réflexions sur la psychologie de la politique sioniste.

Comme je compte écrire un article pour mon blog sur ce sujet, je citerai cette source avec , bien sûr, après votre permission .

JE SALUE TOUT HOMME HONNÊTE SUR LA TERRE.
SAMIA.

valerie 10/03/2009 13:14

Très instructif comme analyse.
Je dois dire que j'ai l'impression qu'elle parle de mon père, qui s'est tellement construit sur la victimisation (ayant subi beaucoup d'agressions antisémites de toutes sortes) qu'aujourd'hui seule la colère, la rancune, l'amertume, le tiennent debout. L'analogie qu'elle fait entre le trauma personnel et le trauma sociétal est tout à fait pertinent.
Je le retrouve chez lui. Il est tellement centré sur sa propre souffrance qu'il ne voit pas la souffrance qu'il inflige autour delui, qu'il ne voit la lourdeur de ce qu'il fait porter à ses enfants.
Une anecdote : ma grand mère maternelle (non juive), un vrai archétype de la xénophobie et de l'antisémitisme latent franchouillard, a eu des relations conflictuelles avec mon père pendant plus de 40 ans. Elle est décédée le jour de Yom Kippour!!! Le jour de l'enterrement j'ai dit à mon père que ce n'était pas anodin, qu'il était temps que le pardon ait lieu, que maintenant qu'elle était morte, il n'y avait vraiement plus lieu d'entretenir la haine. Aujourd'hui, bien des années après sa mort, mon père est incapable de lui pardonner, de faire la paix. Parce que, comme Avigail le dit si bien, la guerre est en lui. Aujourd'hui, pour lui, guérir veut dire nier 70 ans d'existence et de positionnement intérieur. Nous , ses enfants, ne pouvons rien pour lui. Mais ma soeur et moi travaillons sur nous depuis 20 ans pour extirper ce qui ne nous appartient pas : la victime en nous. Je ne connais rien de plus difficile à faire. L'imaginer au niveau d'un Etat me semble carrément illisoire; ça me rend vraiment pessismiste pour l'avenir...
Une

Bazo Amon Mokonzi 08/03/2009 22:14

Quelle analyse pertinente ! Dès que je pourrai, je la partagerai.