Y a-t-il encore une morale dans l’Etat d’Israël ?

Publié le par XylofeneKolor




Bonjour,

Voici ci dessous un texte de Madame 
Nurit Peled-Elhanan, professeur de littérature comparée à l'université hébraïque de Jérusalem, est connue comme activiste de la paix en Israël. Née en 1949, c'est la fille de Matti Peled, un général de l'armée israélienne qui, après la guerre des Six Jours, s'est élevé contre la politique de colonisation.

Après avoir perdu sa fille de 14 ans dans un attentat kamikaze palestinien (et interdit aux officiels israéliens dont Benjamin Netanyahou de venir à ses obsèques), elle déclare « ne pas avoir cédé au désespoir mais prononcé un discours avec pour thème la responsabilité d'une politique myope qui refuse de reconnaître les droits de l'autre et fomente la haine et les conflits ».

Je n'ai pas l'intention de vous assener de ce genre de discours émotionnels, car cela ne fait pas vraiment avancer le schmilblic ni la compréhension profonde du conflit. Mais je pense qu'il est aussi important de réaliser que de nombreux israéliens sont pour la paix, comprennent la souffrance du peuple palestinien et les positions extrêmes dans lesquelles le conflit les a amenés. Il est particulièrement important, je pense, de parler de ces Israéliens pacifistes et activistes, pour tenter aussi de contre-balancer le résultat des élections législatives...

Bonne lecture.

XylofeneKolor

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Y a-t-il encore une morale dans l’Etat d’Israël ? Qui l’incarne ? Quelle est la figure morale qui conduit ce peuple au cœur dur ? Peut-être vos enfants morts à qui vous aviez expliqué - vous, mères dénuées de sens maternel - qu’ils devaient sacrifier leur vie à la criminelle armée d’occupation. Ces derniers temps, il semble en effet que le monde entier ait un cœur de pierre. Ont un cœur de pierre tous ceux qui se réjouissent de leur retour dans le giron du consensus et de l’admiration pour "nos jeunes héros" qui sont restés en vie pour continuer à être beaux en uniforme, aujourd’hui encore, tandis qu’ils massacrent sans pitié des enfants et des femmes impuissants afin de servir à la démonstration de virilité d’Ehoud Olmert. Les mères se blottissent contre le sein chaud, ardent, de l’armée d’occupation d’Israël et imaginent comment celle-ci nous préserve de la possibilité du « massacre » que ce serait si nous ne nous défendions pas. Quelle est en Israël la mère qui se lèvera et ouvrira les yeux des mères et des pères endeuillés et sans cœur, et leur dira que personne n’est beau en uniforme ? Personne n’est charmant dans "l’uniforme de la brutalité".

Quelle est la mère qui se lèvera et leur dira que les massacreurs d’enfants, les dévastateurs, les incendiaires, ne sont autres que vos beaux fils, vos "poussins", vos "perles". Vos enfants qui ont été éduqués pendant toutes leurs années d’école à la haine de l’étranger, à la peur constante de l’autre et à ne pas voir les voisins sinon comme un "problème à résoudre".

Et ce n’est pas simplement que vos fils sont des bouchers, ce n’est pas simplement qu’ils massacrent, mais c’est avec le soutien ému de maman, l’appui entier de papa. Le soutien de tout ce peuple, le seul chez qui la mort de jeunes enfants ne fait pas tressaillir le moindre muscle. Un peuple qui se rue derrière un chef d’état-major qui n’éprouve rien sinon un clic dans l’aile de l’avion quand il largue des bombes sur des familles entières et les écrase. Quel mot mâle et excitant que ce mot d’ « écraser ». Comme il est bon de « les » écraser. Qui écrase-t-on au juste ? Seule existe la sensation que l’écrasement apaise d’une certaine manière la terrible peur de l’autre, de celui qui est au-delà de la frontière.

L’armée israélienne est atteinte par des virus, exactement comme vous, des virus que le scientifique Richard Dowkins a appelé "virus du cerveau", des virus qui passent du cerveau des adultes au cerveau encore tendre des enfants, leur transmettant deux des maladies de l’homme les plus graves : le désir de vengeance sans fin et le besoin de mettre des étiquettes sur les gens afin de ne pas les voir comme des êtres humains mais comme des groupes menaçants. Le virus de la peur face à autrui, le virus de l’ivresse des sens à la vue du feu dévorant des maisons entières avec leurs habitants, le virus de l’admiration pour l’uniforme de la brutalité, pour la force.

Le gouvernement israélien, dont il n’est presque aucun membre qui ne fasse l’objet d’une investigation policière d’un genre ou d’un autre, pour corruption, vol ou harcèlement sexuel, ce gouvernement de malfaiteurs semble-t-il, que vous tous êtes heureux de soutenir et auquel vous êtes heureux de vous accrocher, nous conduit en fait à notre perte. Avec ce penchant incontrôlé de ses principaux membres à manifester leur puissance, ils envoient à grands coups toutes les semences - nos semences, notre descendance - et les détruisent pour rien. Ce n’est pas leur descendance, chères mères, qu’ils détruisent : c’est la nôtre. Oui, c’est bien une guerre pour défendre la maison, mais qui est en train de détruire la maison si ce n’est cette bande de jouisseurs ?

Y a-t-il encore une morale dans l’Etat d’Israël ? Qui l’incarne ? Quelle est la figure morale qui conduit ce peuple au cœur dur ? Peut-être vos enfants morts à qui vous aviez expliqué - vous, mères dénuées de sens maternel - qu’ils devaient sacrifier leur vie à la criminelle armée d’occupation. Voix d’une maternité faussée, perdue, confuse et malade, vous qui semblez trouver réconfort et soulagement dans la mort des enfants d’une autre mère "

Nurit Peled-Elhanan
31.07.2006
Traduction de l’hébreu : Michel Ghys 

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elle 13/02/2009 18:43

Pas si émotionnel que ça, au contraire.
La métaphore employée a le mérite d'aller droit au coeur et de remettre les choses à leur place, dans une perspective humaniste.
Elle exprime une vérité profonde en faisant cela, le malaise entre des hommes qui ne sont plus des hommes et des femmes qui ont oublié ce que veut dire le mot Femme, au sens le plus sacré.
Elle nous rappelle que nous avons oublié le Sacré.

XylofeneKolor 16/02/2009 13:19


Bonjour ! Et merci pour ce commentaire pertinent. Je pense que justement, le renvoi à ces valeurs "sacrées" agit sur le plan émotionnel. L'argument émotionnel est l'argument préféré des Israéliens
et de leurs partisans. C'est pour cette raison que je tâche d'éviter ce genre de références et que je ne parsèmerai donc pas vraiment ce blog des milliers de courriers/articles similaires à ce
sujet. Il ne s'agit pas seulement d'expliquer que c'est effectivement "mal" ou "malsain" ou carrément "pervers", il s'agit d'expliquer pourquoi. Je cherche aussi à anéantir quelques uns des
nombreux mythes - ultra médiatisés - sur lesquels l'état d'Israël s'est fondé et mettre en exergue leur "pêché originel" : la sécurité des uns qui passe par le nettoyage des autres.


PatRiCk 12/02/2009 09:00

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