Décrypter les élections législatives du 10 février

Publié le par XylofeneKolor



Bonjour,

Le 10 février, hier donc, les Israéliens ont voté pour élire la
Knesset, leur assemblée nationale. 

Le mode de scrutin des élections législatives en Israël est le scrutin proportionnel. Cela signifie que les partis politiques obtiennent à la Knesset un nombre de sièges proportionnels aux voix qu’ils ont obtenues pendant les élections. Voici un mode de scrutin parfaitement démocratique, puisqu’il est le reflet exact des votes des citoyens.

Logique, me direz-vous ? Et bien, vous savez sans doute qu’en France par exemple, seulement un tiers des députés est élu en proportionnelle... Le reste est élu en scrutin majoritaire uninominal à deux tours, ce qui a pour conséquence de „gonfler“ les rangs de ceux qui ont remporté la majorité des voix. Sans doute moins démocratique (car cela réduit d’autant les sièges des partis minoritaires), mais qui possède un avantage politique indéniable : la possibilité de gouverner selon la ligne du parti majoritaire, avec quelques forces d’opposition, mais pas suffisamment pour générer un blocage du processus politique. La France compense ce déséquilibre par le Sénat, où les sénateurs sont élus par suffrage universel indirect (élus par des grands électeurs) pour 6 ans. Un projet de loi en France doit faire un certain nombre d’allers-retours entre le Sénat et l’Assemblée Nationale avant d’être entériné. Cela permet – en tout cas en théorie – un équilibre des forces.

Mais revenons à nos moutons.

Il existait jusqu’à cette nuit trois grands partis en Israël :

Le Likoud, bien à droite, bien nationaliste, atlantiste, l’équivalent de notre Sarkozy (mais dans un contexte de guerre, ne l’oublions pas...); le leader de ce parti est Benyamin Netanyahu.

Le parti Kadima, pseudo centriste : c’est un parti créé par Ariel Sharon il y a quelques années pour se séparer du Likoud. On estime qu’un bon tiers des membres de Kadima sont des ex du Likoud. Donc bien à droite quand même...; le leader de ce parti est désormais Tzipi Livni. Ceci ressemble comme deux gouttes d’eau à notre Bayrou national. Le précédent leader de Kadima était Ehud Olmert, le premier ministre sortant. Lui-même avait pris les rênes du parti lorsque Ariel Sharon a eu son accident cérébral.

Le parti Travailliste, à gauche : c’est le parti qui est historiquement leader politique en Israël. Il représentait l’idéal israélien : un pays fondé sur les égalités sociales, le communautarisme, l’entraide et la solidarité ; le leader de ce parti est Ehud Barak, l’actuel ministre de la défense. C’est l’équivalent de notre ... hum ... bon allez soyons fous, Ségolène (vaguement en couple avec Arlette quand même).

Les élections qui ont eu lieu hier se font dans un contexte particulier : c’est quelques jours simplement après l’offensive de Tsahal à Gaza, avec les condamnations de la communauté internationale. C’est aussi dans un climat économique instable, du fait de la crise financière internationale. C’est enfin également quelques jours après l’investiture d’Obama qui a fait du conflit israélo-palestinien une prétendue priorité politique (après tout ce qui concerne directement les américains, bien sûr, ce qui laisse présager de la véritable position de cette priorité dans sa to-do list…).

Je crois que ce qu’il faut savoir avant tout, c’est que le paragraphe ci-dessus, c’est un ramassis de bla-bla pour les Israéliens (en tout cas la majorité d’entre eux). La principale, voire la seule, préoccupation des Israéliens aujourd’hui, c’est leur « sécurité ». Ils souhaitent un durcissement de la politique gouvernementale vis-à-vis des Palestiniens. Le principe du « Jamais plus » n’a jamais été aussi fort (voir article « Le Juif Spartiate »). Et si, « objectivement » (le terme est délicat), leurs craintes ne devraient pas être pires que depuis toujours (les tirs de roquettes ne sont pas plus ni moins élevés qu’avant) voire même moins (ils ont quand même construit un mur de 670 Km pour empêcher les attaques suicides), la réalité est toute autre : ils se sentent davantage menacés qu’avant. Pourquoi ? Là n’est pas le propos, pas dans cet article. Cela viendra plus tard, dans ce blog, j’espère. Mais c’est un fait. Le résultat, bien plus que la cause, est aujourd’hui d’importance.

Voyons voir. 34 partis ( !) se sont présentés aux législatives.

1) Kadima, avec 23% des voix (28 sièges), est le premier parti d’Israël. Cool, se dit-on, Israël est donc centriste. Faux. 1) N'oublions pas qui a fondé Kadima et de qui il est composé : de nombreux transfuges du Likoud... donc Kadima n'est pas vraiment centriste et 2) S'il suffisait de 23% des voix pour diriger un pays, ça se saurait... Avec qui Kadima va t-il s'allier ?

2) Likoud, avec 21% des voix (27 sièges), talonne Kadima. Et Netanyahu proclame sa victoire. Fou ? Pas si fou que ça.

3) Le troisième parti israélien aujourd’hui est Israël Beitanou (Israël notre maison). C’est un parti d’extrême droite. Le leader est Avigdor Liebermann, l’équivalent de notre Jean-Marie à nous. Sa campagne ? La loyauté. Un citoyen israélien qui ne passe pas le test de la loyauté avec succès devrait voir ses droits diminués. C’est étrange comme cela sonne… extrêmiste. Ce parti a obtenu 12% des voix (15 sièges). Souvenirs, souvenirs…

4) Le désormais quatrième parti israélien est le parti travailliste, 10% des voix (13 sièges).

5) En cinquième position vient le non moins splendide parti Shas. Il s’agit d’un parti religieux suivi par une portion de la population Séfarade, en réaction/contestation, principalement au parti travailliste (quasi exclusivement Ashkénaze). Shas est un parti religieux, prônant une vie ultra-orthodoxe, et très actif socialement. Il obtient donc le soutien des sefarades pauvres et religieux. Shas a obtenu 9% des voix (11 sièges).

6) Les autres.

a.     United Torah Judaism, ultra-orthodoxes, pro-colonies, anti-état palestinien, anti-négociations avec les palestiniens, un bonheur, 4%

b.     United Arab List, le parti pour lequel seuls les bédouins votent (ils sont quand même plusieurs centaines de milliers), 4%

c.     Jewish Home, droite nationaliste, religieux, sioniste, fantastique, 3%

d.     National Union, droite nationaliste, laïc, sioniste, pro-colonies, anti-état palestinien, anti-négociations avec les palestiniens. Les mêmes que United Torah, sans la religion, on en mangerait, 3%

e.     Meretz, sioniste, socialiste et laïc, le plus à gauche des partis, souhaite la solution à deux états, 3%

f.      Hadash, parti de gauche, quasi exclusivement arabe, pour un retrait des colonies, un retour aux frontières de 1967, la création d’un état palestinien, et tout le toutim, les utopistes donc, 3%

g.     Balad, parti arabe, qui souhaite une citoyenneté non fondée sur la religion ou l’ethnie… 3% !

 

Voici à peu près où on en est…

Le parti Shas acceptera de toute façon n'importe quelle coalition, comme d'habitude, cela lui permet d'obtenir de nombreux résultats en terme de social et ne fait que grandir sa popularité.

A gauche, le parti travailliste, qui refuse de s’allier avec les centristes pour former une coalition car « il ne faut pas oublier que 30% d’entre eux sont des ex-Likoud » dit Barak. Il est prêt à « accepter d’être l’opposition ». Prêt à la solution à deux états (la seule solution possible selon lui), il pourra s’entendre avec Meretz, et éventuellement Hadash et Balad (sans grande conviction de ma part...). Total : 16% (+9% du shas = 25%)

Au centre, Kadima, leader et vainqueur apparent des élections. Kadima est pour un retrait des colonies, une solution à deux états, comme le parti travailliste. Son approche est cependant davantage de droite en ce qui concerne l’économie et le parti travailliste ne semble pas vouloir s’associer avec eux. Kadima, à moins de faire de grosses concessions, est donc seul (l’éternel problème des centristes…). Total : 23% (+9% du shas = 32%)

A droite, alors là on s’amuse. Likoud, avec ses 21%, talonne Kadima. Netayahu a déjà refusé de s’associer à Kadima. En revanche, il brigue sans doute le grand gagnant, au final, de cette élection, Israël Beitanou, qui avec ses 12%, assure, en s’associant au Likoud, un exact tiers de la Knesset. Rajoutons-y, tant qu’on y est, les autres partis de droite, religieux ou laïcs, séfarades ou ashkénazes, ultra-orthodoxes ou pas, et on atteint un splendide 43% (+9% du shas = 52%). Chez les papous, y’a des papous à poux et des papous pas à poux… On y est.


Qu’Israël Beitanou s’associe à Kadima ou au Likoud, il est clair que quoiqu’il arrive, nous allons constater un durcissement de la politique israélienne envers la Palestine. Nous nous éloignons encore plus d’accords de paix, Israël sombre de plus en plus vers l’extrême-droite. Les conséquences à l’intérieur du pays sont à redouter : des lois liberticides ? une citoyenneté déjà bien inégale qui risque d’empirer ? Une scission accrue au sein de la population israélienne ? Le pire est à craindre. S’il est possible que l’explosion du melting pot israélien puisse profiter au peuple palestinien sur le long terme (car progressivement ingouvernable), ce n’est certainement pas ce qu’il risque de se produire dans un futur proche (durcissement de la politique).

Finalement, tout ceci laisse à penser que la seule chose qui unit ces papous à poux ou pas à poux, c'est leur peur de l'Arabe. Rien de tel qu'une bonne guerre pour les conforter dans cette optique. Tiens, mais, suis-je bête, n'est-ce pas exactement ce qu'il vient de se passer ?

Mais assez de mots, j’attends de voir cette coalition. Par pitié, Israël, surprend moi !!

XylofeneKolor

 

Publié dans Israël au crible

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PatRiCk 11/02/2009 12:12

c'est bien expliqué tout ça !!

XylofeneKolor 11/02/2009 12:26


Merci ! J'ai trop souffert moi-même des articles de journalistes politiques qui partent du principe que tout le monde sait tout aussi bien qu'eux (si c'était le cas, on n'aurait pas besoin
d'eux...) et qui utilisent un langage qui nécessite d'avoir un dictionnaire à portée de main... Ca m'a longtemps détourné de la politique. Si j'ai pu éviter cet écueil (et je pense que oui, parce
qu'après tout, j'y connais pas grand-chose non plus), alors je suis ravie !