De Theodor Herzl à la naissance d'Israël (épisode 2)

Publié le par XylofeneKolor



Article de Henry Laurens dans Manière de Voir, numéro 98, Avril-Mai 2008, "Histoires d'Israël".
 

(suite de l'épisode 1)


Ce publiciste autrichien [Theodor Herzl] s’est converti en 1895 au sionisme. Théoricien de sa version politique, il fonde l’Organisation sioniste lors du premier congrès de Bâle en 1897, un an après la parution de son livre « L’Etat des Juifs ». Sa priorité : obtenir une charte internationale garantissant la création d’un foyer national en Palestine pour le peuple juif. Il encourage secondairement la colonisation. Dirigé par des Juifs autrichiens et allemands, le mouvement recrute surtout dans l’Empire russe, mais réussit à s’établir un peu partout (sauf en France à cause de l’hostilité du Baron de Rotschild). Jusqu’à sa mort en 1904, Herzl travaille essentiellement auprès des dirigeants européens. Ses successeurs continuent dans la même ligne, mais s’intéressent aussi à la colonisation, avec la création, en 1908, de la Palestine Land Development Company (PLDC), qui dépend du Fonds National Juif (FNJ).

L’Organisation sioniste s’implante en Palestine à partir de 1908 avec la deuxième alya, composée de militants déterminés issus de sa fédération russe et des Amants de Sion, souvent des socialistes marxisants ayant connu l’expérience de la révolution de 1905. L’attitude de l’ICA, qui préfère le travail arabe, déçoit ces immigrants dont la doctrine exige une séparation totale d’avec la population indigène afin de constituer une société nationale intégralement juive. Mais ils reçoivent un accueil favorable de la part des technocrates de l’ICA et de la PDLC, qui acceptent de financer des colonies agricoles collectives (Kibboutz) ou coopérative (Moshav) sans recourir à la main-d’œuvre arabe. En ville, ils fondent l’agglomération de Tel-Aviv, indépendante de la Jaffa arabe. Cette logique de séparation a sa justification socialiste : elle évite qu’une population exploite l’autre.

Durant la première guerre mondiale, le mouvement sioniste cesse d’agir en tant qu’entité unique puisqu’il est présent dans les deux camps en conflit. C’est le chef de la fédération britannique, Haïm Weizmann, un Juif d’origine lituanienne, qui va jouer un rôle essentiel en obtenant, le 2 novembre 1917, avec la déclaration Balfour, cette fameuse charte recherchée par Herzl : lord Arthur James Balfour, ministre britannique des affaires étrangères, y annonce à lors Walter Rotschild, représentant des juifs britanniques, que « le gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif ». Cet engagement contredit la promesse faite par Londres aux Arabes de la création d’un Etat indépendant comme le partage négocié avec les français, dans le cadre des accords Sykes-Picot…

Après-guerre, Weizmann devient naturellement le président de l’Organisation sioniste. Son ambition : transformer cette déclaration unilatérale britannique en document de droit international. Ce sera chose faite en juillet 1922, grâce à la ratification par la Société des Nations (SDN) du mandat britannique sur la Palestine, qui inclut le Foyer national juif.

Le mouvement sioniste se structure maintenant en fédérations nationales dotées d’organisations satellites chargées de la levée de contributions et de préparation à l’émigration. La charte du mandat prévoit la création d’une Agence juive, mais elle ne verra le jour qu’en 19229 ; entre-temps, l’Organisation sioniste en fait fonction. Outre les relations avec les autorités, sa fonction est de gérer le domaine du FNJ et de l’augmenter par de nouvelles acquisitions. Malgré des progrès spectaculaires, ce domaine reste moins important que celui de la PICA et des propriétaires individuels qui lui sont lies : en 1941, le FNJ disposera de 532,900 dounoum (dixièmes d’hectare), contre 1,071,000 à la PICA et aux propriétaires individuels. A la fin du mandat, en 1948, la propriété juive ne couvrira que 6.6% de la superficie de la Palestine.

Comme avant 1914, les coûts d’établissement restent le problème essentiel. L’immigration juive est fixée en fonction de la capacité économique d’absorption, et la différence est faite entre « capitalistes », dont l’entrée est libre puisqu’ils viennent avec des capitaux suffisants, et « ouvriers », sélectionnés par l’Organisation sioniste en fonction de leur qualité en « matériel humain » (capacité productive). Des catégories intermédiaires existent. La troisième alya est analogue à la précédente, composée pour une bonne part d’ouvrier socialistes. Venue de Pologne au milieu des années 1920, la quatrième alya, elle, est bourgeoise et capitaliste. La cinquième alya, a partir de 1933, rassemble capitalistes allemands et ouvriers polonais. La montée du nazisme accélère évidemment l’immigration : de 110,000 arrivées (officielles) dans les années 1920, on passe à plus de 220,000 dans les années 1930…

 

(Fin de l’épisode 2 - voir épisode 3 et fin)

Publié dans Israël au crible

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