Le Jihad, illustration d'une habile manipulation

Publié le par XylofeneKolor



Bonjour,

Le texte ci-dessous est un extrait du livre que je lis en ce moment : "
Les Islamismes d'hier à aujourd'hui" d'Antoine Sfeir (Editions Lignes de Repères). Bonne lecture.

XylofeneKolor

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L'exemple du Jihad est typique de l'instrumentalisation de la religion musulmane par les islamistes. Traduit partout par "guerre sainte" aujourd'hui, le Jihad ne signifie nullement cela.

Sa racine "jhd" signifie effort, et non pas guerre, qui se dit "harb". Il s'agit donc pour le croyant de faire un effort pour être un bon musulman ; c'est le petit Jihad. Le grand Jihad est l'effort qu'il doit faire pour que son entourage suive également fidèlement les préceptes de la religion islamique.
Ce n'est que dans une dernière acception que le Jihad peut impliquer le combat, mais seulement si les croyants sont menacés.

Ce cas extrême a été isolé par les islamistes qui l'utilisent pour justifier leur lutte contre l'Occident mais surtout contre les autres musulmans. En fait, ces mouvances cherchent à conquérir le pouvoir au sein de la communauté des croyants et utilisent la religion à cette fin. Ils optent donc pour des concepts amputés de leurs nuances afin de proposer des idées simples à des individus en mal d'identité qui trouvent là une cause - qu'ils croient noble car ayant toutes les apparences de la religion - à défendre.

Au final, à l'ignorance du public en général s'ajoute celle des musulmans eux-mêmes. Dans les pays musulmans, le poids des islamistes et le faible taux d'alphabétisation en général rendent difficiles l'enseignement de l'Islam véritable et de toutes les facettes qu'il présente, à commencer par les plus libérales. En Occident, le problème est différent : les populations d'origine musulmane ont souvent négligé volontairement ces connaissances afin de favoriser l'intégration des nouvelles générations. La transmission ne s'est pas effectuée. Dans d'autres cas, tout aussi nombreux, l'apprentissage de la religion musulmane s'est fait en faveur des plus radicaux en réaction à l'hostilité de la population indigène. S'afficher comme radical, c'est réagir, exister, s'imposer à celui qui vous nie. Le Jihad, dans ce cadre, est un concept porteur.

Cette réduction du sens du Jihad reflète sans doute de la manière la plus frappante l'habile manipulation pratiquée par les islamistes : d'abord, leur accaparement de l'image agressive de l'Islam leur permet de s'approprier tout traitement médiatique de cette question. Il est de notoriété que les journalistes préfèrent de loin les trains qui n'arrivent pas à l'heure ; c'est ce qui leur permet de hausser l'audimat ou de vendre du papier. Ce traitement médiatique outrancier donne aux islamistes une double arme : celle de la reconnaissance par les autorités publiques du pays d'accueil et, partant, celle d'une reconnaissance au sein même de leur communauté.

Le ministre français de l'intérieur invitant à une émission de télévision dont il est l'animateur principal un dirigeant islamiste croit avoir gagné la partie sous prétexte que sa propre rhétorique a été plus convaincante que celle de l'islamiste ; mais le véritable enjeu que n'a pas vu ce ministre est que son invitation a été perçue en définitive comme une reconnaissance de l'importance du dirigeant islamiste, ce qui renforce la position de ce dernier au sein de sa communauté. 

 

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Alexandre De Almeida 07/02/2009 01:46

Je crois quand même me souvenir que l'appel au jihad en tant que guerre sainte a été une pratique courante qui remonte au moyen-âge.
Outil politique d'ailleurs utilisé non seulement dans des cas évidents (lors des croisades par exemple), mais aussi alibi pour les guerres entre factions et clans musulmans (entre califats fatimides et abbassides, contre les ismaïlites, etc.); je ne pense pas qu'on puisse dire qu'il s'agit d'une exploitation ou un détournement par les islamistes.

XylofeneKolor 07/02/2009 02:16


Je ne dis pas le contraire  L'Islamisme n'est pas né au XXème siècle, contrairement aux idées reçues. Ou alors
définissons Islamisme, pour être sur la même longueur d'ondes. A la mort de Mouhammad en 632, pas de successeur et pas d'écrits. Il faut attendre 20 ans pour que Othman (3ème Calife) demande à ce
que les préceptes de Mouhammad soient écrits (selon ses critères, du plus long au plus court et donc sans chronologie ou contexte contrairement aux évangiles). Suite à cette écriture, de nombreux
courants naissent avec les califes successifs, du plus libéral au plus rigoriste. L'interprétation du coran, l'analyse personnelle des textes est admise dans les courants libéraux. Le Hanbalisme,
au iXème siècle proclame "qu'après le proprète, rien de nouveau". Hanbal, son fondateur, exclut tout critère autre que le Coran et la Sunnah. C'est en ce sens qu'il s'inscrit à l'encontre de tout
esprit d'ouverture de l'Islam et c'est en ce sens que l'Islamisme naît, selon Sfeir, dont je partage l'opinon. Et même lorsque l'interprétation est admise, c'est le cas chez les chiites
systématiquement, l'organisation de ces derniers en véritable clergé ultra-hierarchisé ne donne l'autorisation d'interprétation qu'après 6 ans d'études... La proclamation du Jihad, dans ce cas-là,
ne peut donc venir que d'un Immam. Selon les intérêts de celui-ci (luttes de pouvoirs inter-musulmans cités dans l'article notamment), le jihad devient une dérive facile. Cela rejoint donc ce que
tu dis, mon cher Alexandre  Merci pour ton commentaire, n'hésites pas à me contredire, c'est comme ça que j'apprend
!